Éducation populaire

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Réinventer l'international et l'éducation populaire en Bretagne

Recherche-action 2003-2005


Après le colloque public du 16 janvier, les séminaires intensifs du 15 au 17 Janvier 2003 à Brest … les recherche-actions en 2003-2005

La recherche action est une démarche collective volontaire de se parler, de co- construire des savoirs, de se former réciproquement pour changer la réalité par l’action. Elle débouche sur des productions qui engagent les participants.

Pour qui ?…. Pour des associations d'éducation populaire, de solidarité internationale, des syndicats, des acteurs de l’économie sociale, des travailleurs sociaux et culturels, des élus territoriaux, des enseignants formateurs, des étudiants...

Trois années de réflexions sur les pratiques d’actions internationales avec un groupe de travail national d’associations de jeunesse et d’éducation populaire (CNAJEP)  ont donné naissance à un ouvrage : “ Réinventer l’international ”, publié par l’Institut National pour la Jeunesse et l'Education Populaire.

En 2002, des acteurs en Bretagne ont repris cette matière et le défi de la transformation des pratiques. Un collectif (*) de représentants, d’associations d’éducation populaire, d’associations de solidarité internationale et de services déconcentrés du Ministère de la Jeunesse, de l’Education Nationale et de la Recherche a lancé une démarche prenant appui sur l’éducation populaire et l'international  : trois jours ont rassemblé en janvier 2003 à Brest 170 personnes (colloque et séminaires) , avec l’objectif de lancer dans leur prolongement des recherches- action pendant 2 ans.

Les journées de Brest ont confirmé le besoin pour un grand nombre de participants de faire le point entre convictions,  doutes et intuitions politiques : nos actions (professionnelles, associatives, militantes…) produisent-elles bien des effets à la hauteur des valeurs que nous défendons ? Comment l'international influe-t-il sur notre quotidien et réciproquement ? Y a-t-il bien réduction de l’inégalité ? élargissement démocratique ? émancipation politique ? lutte contre l’exclusion ? Les dispositifs et notre relation aux “ partenaires ” ou à la puissance publique sont- ils cohérents avec nos actions ?

Au cours des mois suivants, un cadre a été défini pour passer à une recherche action, avec, comme engagement :

l’éducation critique des jeunes et des adultes à l’égard d’un projet de société et de ses méthodes, en s'appuyant sur des expériences et la dimension internationale des sujets et actions abordés,

  • la réappropriation de la chose publique et l'approfondissement de la démocratie,

  • les résistances au modèle dominant et les actions nécessaires pour des transformations sociales qui émancipent collectivement les personnes et luttent contre la reproduction des inégalités

d’être (ou devenir) des acteurs politiques, c'est-à-dire interpréter nos pratiques, les changer, modifier l’environnement institutionnel pour débattre des politiques publiques ici et ailleurs et  rendre cohérents nos engagements internationaux, nationaux et locaux ?

Quelques points de départ :

Nous avons relevé quelques interrogations émises par des participants aux colloque et séminaires de Brest, qui peuvent permettre de travailler les contradictions, les conflits, les coopérations, les légitimités, exprimer des situations-problèmes reliées à ce qui nous engage :

-“ Si demain, on ne fait plus de développement, alors qu’est-ce qu’on peut faire ? ”

-“ J’ai un parti pris, une vision du monde, mais ai-je le droit de les transmettre au public de ma structure ? ”

-“ Notre action de coopération s’appuie sur un partenariat que nous ne voulons pas paternaliste, mais comment vérifier qu’il  conduit bien à l’autonomie ? ”

-“ Je n’avais jamais senti à quel point je demandais aux jeunes de respecter le  système…comment me libérer de mon rôle de médiateur, d’agent de contrôle social ? ”

-“ Je suis personnellement persuadé du lien entre enjeux locaux et internationaux (sur l’emploi, l’agriculture…), mais comment en parler, faire comprendre ? ”

La mise en place : des participants volontaires impliqués et engagés, après un week-end de lancement des recherches-actions, les 11 et 12 Octobre 2003, ont défini un objet de recherche et de pratiques, dans le temps (2 années), dans des rencontres de travail régulières (à raison d'une tous les 2 mois environ), avec des conditions et des temps de confrontation entre les groupes (transversalité) et d’outillage méthodologique.

Il s’agit d’un processus présentant des garanties de confidentialité et de sérieux scientifique, qui autorise la prise de risque et l’analyse politique de pratiques, même et surtout lorsqu’elles portent une potentialité de conflit ou de contradiction.

Le fil conducteur pour nous relier dans nos travaux comme base d'hypothèse de recherche, préoccupation centrale et transversale à tout le projet, est a priori,  celui de

l’émancipation : de qui ? de quoi ? comment ?  pour faire quoi ?

En interrogeant les pratiques des participants, nous travaillerons ensemble à :

  • Creuser les concepts d’émancipation, de pratique émancipatrice, de transformation sociale…

  • Éclaircir l'articulation entre les processus d'émancipation individuelle et collective, leurs pédagogies, et les processus de transformation sociale…

On pourra ainsi mieux identifier les champs, types et mécanismes de la domination et de l’oppression dans les expériences concrètes représentées (locales, régionales, nationales, internationales), la façon dont l’expérience les affronte, s’en libère et évite de retomber dans d’autres formes de domination et, en quelque sorte, contribue à construire des rapports sociaux dans une autre logique de développement.

L’organisation : des regroupements pour croiser les savoirs,  fabriquer ensemble notre cahier des charges

En nous mettant d’accord sur les mots que nous utilisons, nous avons commencé à co-construire le projet de recherche-action, à partir de premières questions, préoccupations vécues, pour formuler progressivement les hypothèses et se fixer des objectifs (mesurables) qui déterminent les possibilités d’engagement des participants. Des regroupements réguliers de l'ensemble des participants sont nécessaires pour avancer tous ensemble. La conclusion de la recherche action se traduira par une production et des propositions en termes d’actions de transformation.  Plusieurs chantiers ont été dessinés pour atteindre les objectifs, et permettre aux participants de s’investir concrètement, nous avons formulé quatre thèmes de départ, issus des questionnements, des préoccupations, des doutes, des souhaits…des participants, mis en commun puis regroupés et synthétisés.

L’éducation est souvent perçue chez nous comme socialisation, normalisation, intégration,…Et qu’est-ce qui se passe quand on voit l’éducation comme pratique de la liberté ? On peut se poser bien sûr la question de quelle liberté il s’agit, mais aussi et surtout de quelle pratique il s’agit, parce que la pratique est toujours pratique de quelque chose…

Le cœur ou tronc commun des chantiers de recherche action est l’éducation populaire, interpellée par l’international, en tant qu’éducation au politique pour la transformation sociale.

Pour permettre aux participants de s’investir concrètement, nous avons formulé quatre axes de recherche, issus des questionnements, préoccupations, doutes et souhait qu’ils ont exprimés, mis en commun puis regroupés et synthétisés comme suit :

Il s’agit là de questionner : les rôles, fonctions et place des associations dans la politique actuelle…

  • Les liens entre associations et services

  • L’équation : association = démocratie = solidarité

  • L’engagement associatif

  • Les liens entre projet associatif et dispositifs de politiques publiques qui font perdre leur âme aux associations (ce qui renvoie à la question de l’argent)…

…pour refonder, reconstruire, ré-inventer une vie associative centrée sur le sens de l’action ; identifier les marges de manœuvre, construire des alliances, reconquérir de l’autonomie…

Il s’agit là de questionner la construction des représentations du Sud par le Nord et du Nord par le Sud…

  • La notion de développement, de coopération internationale

  • Les manières d’agir, les discours en matière de solidarité internationale du Nord comme du Sud

….de travailler la question de la culture sous l’angle de la mixité sociale, de la diversité : comment sortir de l’entre soi ?; comment valoriser les cultures populaires ?

…de réfléchir à des méthodes interculturelles, à la signification de la préparation des gens à l’inter - culturel…

Nous sommes souvent dans nos terrains d’action dans des situations complexes, contradictoires, entre domestication et libération, entre assujettissement et émancipation.

C’est le cas par exemple dans la mise en place par les uns, ou l’utilisation par les autres, de dispositifs publics avec lesquels nous pouvons être en désaccord. C’est le cas, dans le champ du travail social, des professionnels qui ont essentiellement une fonction de contrôle social alors qu’ils voudraient donner à leur public des outils de compréhension et d’action émancipatrices..

Comment travailler dans cette « zone grise », qui n’est pas marquée en tant que telle, et qui est une zone frontalière, un entre-deux…

Il s’agit là d’identifier les pratiques qui intègrent cette contradiction, …de construire des alliances, …de questionner l’articulation du militantisme (syndical, politique…) avec le professionnalisme…

Il s’agit là de travailler les questions : quelles pédagogies valoriser ? sachant qu’aucune n’est neutre                                          

  • Quelles sont les pédagogies les plus aptes pour quels objectifs ?                   

  • Quelles relations développer avec les apprenants ?

  • Sommes-nous dans l’apprentissage ? dans l’éducation ? dans la formation ?        

Comment construire une éducation inclusive ? mettre en place des actions alternatives au modèle dominant ? construire des outils pour comprendre le monde et les enjeux de la société dans laquelle on vit ? faire de l’apprentissage populaire, du partage et de l’émancipation réciproques ?

Il s’agit aussi de clarifier la notion d’animation et questionner l’activisme.

Elle est le fruit des échanges entre participants, au même week-end de travail, les 11 et 12 octobre derniers, à partir de la consigne de travail suivante :

  • Quelle est votre définition de la recherche-action ?

  • De quelle démarche s'agit-il ?

  • Quel est selon vous le cheminement de la recherche-action ?

  • Quelles sont vos peurs, quelles sont vos envies ?

  • Quelles en sont vos représentations ?

  • S'agit-il d'une formation, d'un apport de connaissances ?

  • Comment voyez-vous cette aventure... ?

Les propos des groupes ont ensuite été résumés en les organisant sous la forme de mots-clés qui cernent (ou tentent de cerner) la notion de recherche-action qui nous est commune.

  • Dimension libératrice : la recherche- action est un processus de libération de la parole ; elle permet une prise de risque, de se mettre en danger... sans enjeu institutionnel, sans sanction, de dire ses ambiguïtés, ses contradictions, sa souffrance…

  • Indignation : la recherche- action a pour point de départ une situation insupportable, inadmissible, inacceptable, révoltante dans laquelle on se trouve et qu'on ne veut plus : on veut faire autrement : c'est la pédagogie de l'indignation selon Paolo Freire : ce que nous faisons, ce que nous tolérons est indigne de nous, de ces gens, d'êtres humains et c'est cette indignation qui va nous motiver

  • Problème : la recherche-action part d'un problème, d'une situation de crise réelle ou vécue, d'une contradiction dans laquelle je me trouve et dans laquelle je ne suis pas seul(e); c'est une situation- limite, une difficulté, une souffrance qui va être problématisée

  • Implication : la recherche- action est un contexte qui permet de se dire, de se parler ; le chercheur-acteur est un observateur/participant qui ne fait pas abstraction de ses valeurs ni de son jugement ; c'est une façon non seulement de lire le monde mais de l'écrire : chacun va devenir auteur de ces mots et de ce monde

  • Engagement : chacun a cette responsabilité avant de s'engager de se dire : est- ce que moi je suis prêt à m'engager à côté de…et en même temps être sûr qu’il y a des compagnons de route, qu'on peut faire un bout de chemin ensemble

  • Confiance : elle se construit par l'écoute et le dialogue, elle nous permettra de nous dire    « des choses dures » dans la douceur (c'est la pédagogie de la caresse de Paul) et d’avoir assez de sécurité pour prendre des risques…et le petit-  déjeuner ensemble le lendemain !

  • Action - production -cré-action - changement - transformation : toute recherche- action vise une transformation : que ce soit de l'environnement institutionnel ou des pratiques elles-mêmes, à la différence de la recherche universitaire qui se « limite » à la production d'une connaissance qui ne sera pas suivie par ou liée à une action transformatrice

  • Démarche d'auteur : elle combine, associe, tisse réflexion et action alors que généralement on a d'un côté les chercheurs (ceux qui réfléchissent) à l'université et de l'autre les acteurs (ceux qui agissent) de terrain

Ce qui n'empêche pas « l'universitaire chercheur » d'aller sur le terrain (extérieur à lui) pour recueillir des données, réaliser des entretiens, vérifier ses hypothèses... et confronter le tout à son modèle théorique : mais ce penseur actif n'est pas dans la recherche-action

 A l'opposé, se trouve le praticien, professionnel de terrain qui s'arrête de temps en temps pour réfléchir sur sa pratique ; ce praticien réflexif n'est pas non plus dans la recherche action

Ni la réflexion active, ni l'action réflexive ne sont dans la recherche- action. Quant à  l'action sans la réflexion c'est de l'activisme, et la réflexion sans l’action, c'est l'université ]

La recherche- action est un autre modèle ou les chercheurs-acteurs deviennent auteurs ; c'est- à-dire qu’ils s'autorisent à devenir auteur, écrivain de la recherche action : l'universitaire va produire une lecture du monde, l'acteur-chercheur- auteur va écrire le monde

  • Collectif : l’acteur-chercheur-auteur n’est  pas seul : l'universitaire comme le praticien peut rester seul dans son bureau ; la recherche-action est nécessairement un travail collectif en ce sens qu'une moitié de la collectivité est ici (c'est nous) et l'autre moitié est le terrain de recherche

  •  Formation : la recherche-action est un processus de construction de savoirs, de co- construction, de co-formation, d'auto-formation en ce sens qu'elle s'appuie sur le principe que chacun est porteur de savoirs (de culture) existentiels, expérientiels, multiples qu'on va croiser par des confrontations coopératives

  • Temporalité : avoir du temps, prendre le temps, se donner du temps, travailler dans la durée : facteur de confiance ; dans la recherche-action la temporalité du terrain est primordiale

  •  Théorie : dans la recherche-action, elle est avant tout un instrument de questionnement du problème, de la situation, de l'expérience mais elle ne constitue pas une référence comme dans la recherche classique

Recherche-action : processus de libération de la parole par un travail collectif qui s'appuie sur l'écoute et le dialogue par l'implication et l'engagement des participants coopérant à la construction de savoirs basée sur l'égalité des acteurs et la parité des regards en vue d'actions de transformation sociale.

Ressources complémentaires :


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Pour citer cet article :


Scolan S. [2003],  Réinventer l’international, réflexion sur une démarche d’éducation populaire, Acte du Colloque de Brest, Doc électronique in biblio R-A (disponible sur )